Fiche descriptive : Oxydation chimique – Sédiments – in situ

De : Services publics et Approvisionnement Canada

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Description

L’oxydation chimique in situ des sédiments contaminés est une technologie basée sur la mise en contact d’un oxydant et des contaminants présents dans les sédiments afin de transformer ceux-ci en formes chimiques moins toxiques ou non toxiques pour la santé humaine et l’environnement.

Cette technologie peut servir à traiter des contaminants oxydables, dont les composés organiques volatils (COV) tels que le dichloroéthylène (DCE), le trichloroéthylène (TCE), le tétrachloroéthène (PCE), le benzène, le toluène, l’éthylbenzène, les xylènes (BTEX) et les composés organiques semi-volatils, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les biphényles polychlorés (BPC).

Dans la plupart des cas, les produits de dégradation ultimes générés sont l’eau et le dioxyde de carbone, et dans le cas des composés chlorés, le chlore inorganique. Certaines réactions génèrent également de l’oxygène résiduel pouvant favoriser la biodégradation des contaminants résiduels après l’oxydation chimique.

Plusieurs oxydants peuvent être utilisés. Les plus communs sont le permanganate (MnO4-), le peroxyde d’hydrogène (H2O2) avec ou sans fer ferreux (Fe2+) comme catalyseur (réactif de Fenton), le persulfate de sodium (Na2S2O8), le persulfate (S2O82-) et l’ozone (O3).

Cette technologie appliquée in situ au traitement des sédiments n’est actuellement disponible qu’au stade d’essai en laboratoire et de certains projets pilotes, mais s’est avérée efficace dans des conditions contrôlées, correspondant aux caractéristiques particulières des sédiments à traiter.

Liens Internet :

Mise en œuvre de la technologie

La mise en œuvre de cette technologie peut inclure :

  • La mobilisation, l’accès au site et la mise en place d’installations temporaires;
  • La mise en place des équipements d’entreposage et de préparation des oxydants;
  • La mise en place des équipements d’injection et/ou d’application;
  • La caractérisation de la communauté benthique afin de déterminer les effets négatifs possibles de l’ajout de réactif oxydant;
  • La capture et le déplacement des organismes et de la faune aquatiques habitant la zone de traitement prévue (dans la mesure du possible). Voir les activités touchant les espèces en péril;
  • L’élaboration des processus liés à l’application d’oxydants aux sédiments contaminés. Comme la plupart des oxydants sont sous forme liquide et hydrophile, l’injection directe dans les sédiments est recommandée afin d’éviter qu’ils ne se perdent dans le plan d’eau sus-jacent. Il est probable que les oxydants puissent s’appliquer de manière semblable aux nutriments dans la biostimulation et le recouvrement modifié (voir la fiche descriptive pour Biodégradation ou Recouvrement). La méthode Limnofix In-Situ Sediment Treatment (LIST) est aussi une option possible (U.S. EPA CLU-IN 2001);
  • La surveillance de l’application des oxydants aux endroits prévus pour assurer une distribution uniforme et adéquate;
  • La surveillance en aval hydraulique afin de connaître la perte potentielle en raison de la remise en suspension de sédiments et/ou des oxydants;
  • Le suivi du taux de dégradation des contaminants et des taux de consommation des oxydants;
  • La prévision d’injections supplémentaires d’oxydants si de la contamination subsiste après l’épuisement des oxydants;
  • La remise en état du site (nivellement, végétalisation, etc.);
  • Des suivis à court ou à long terme pour valider l’efficacité de l’oxydation et la distribution optimale de l’oxydant chimique.

Matériaux et entreposage

L’entreposage sur le site peut inclure des carburants, des lubrifiants et autres matériaux de chantier requis pour l’opération de la machinerie et de l’équipement pour la mise en œuvre de la technologie.

Des structures d’entreposage, des éléments de manipulation et d’injection pourraient être nécessaires selon le type et la forme de l’oxydant. Habituellement, les oxydants sont présents sous forme liquide ou de sel. Les matières dangereuses entreposées sur le site peuvent inclure des oxydants puissants, des acides ou des bases. La séparation et le confinement de ces produits sont très importants.

En général, les oxydants comme tels ne sont pas inflammables, mais en cas d’incendie, ils peuvent fournir la source d’oxygène nécessaire à la combustion. Ainsi, les agents oxydants devraient être entreposés dans un confinement secondaire, loin des produits inflammables ou combustibles et manipulés selon les recommandations du fabricant.

De plus, les travailleurs devraient porter des équipements de protection individuelle tels que des respirateurs à masque filtrant et des vêtements de protection tout au long des travaux de manipulation et d’injection/application des oxydants.

D’importantes mesures de santé et de sécurité doivent être mises en place sur le site d’entreposage et de préparation des oxydants avant leur distribution dans la zone d’injection. Ces mesures peuvent inclure des réservoirs d’eau propre, des douches oculaires, des bacs de rétention et de confinement des liquides, etc. Le secteur d’entreposage et de manipulation des oxydants doit être clairement balisé et contrôlé.

Résidus et rejets

Comme les sédiments sont traités in situ, peu de déchets sont générés sur le site. Les déchets du site peuvent se composer de détritus de construction typiques, comme des contenants en plastique, auxquels peuvent s’ajouter des absorbants usagés. Les oxydants excédentaires peuvent être retournés au fournisseur de produits chimiques ou éliminés de manière acceptable selon l’autorité réglementaire locale.

Comme les oxydants chimiques sont hydrophiles, ils peuvent être absorbés dans la colonne d’eau pendant l’injection et/ou l’application, et lorsque les oxydants migrent à travers les sédiments. Il convient de veiller à ne pas perdre d’oxydants dans le plan d’eau sus-jacent. Outre la perte d’oxydants, la perturbation des sédiments susceptible de résulter des injections peut entraîner la remise en suspension et la perte de sédiments dans le plan d’eau.

Les injections en profondeur d’oxydants sont également à même de réduire la probabilité de perturbation des sédiments de surface et de perforation de la surface des sédiments due au cheminement préférentiel des oxydants. L’oxydation chimique peut être combinée au recouvrement des sédiments afin de réduire la perte d’oxydants sur les sites contaminés en surface (où une injection en profondeur ne suffit pas à assainir les sédiments).

Certaines réactions d’oxydation peuvent causer une dissociation des contaminants des particules solides et ainsi une dissolution de ces derniers dans l’eau interstitielle. Cela peut entraîner une mise en suspension des contaminants dans la colonne d’eau, en particulier pour les contaminants à la surface des sédiments ou proche de celle-ci.

Les essais pilotes d’oxydation chimique dans les sols ont occasionnellement généré des gaz. La génération de gaz durant le traitement des sédiments est peut-être causée par l’ébullition ou les réactions d’oxydations, susceptible de perturber la surface des sédiments, ce qui cause la remise en suspension des sédiments dans le plan d’eau. Les essais en laboratoire devraient se pencher sur les cas de génération de gaz, et des efforts d’atténuation devraient être envisagés.

Analyses recommandées dans le cadre d’une caractérisation détaillée

Analyses chimiques

  • pH
  • L'alcalinité
  • La demande chimique en oxygène
  • La concentration en composés ou matières réagissant avec l'oxydant incluent :
    • Contenu en matière organique naturelle non reliée aux contaminants
    • Métaux réduits
    • Carbonates
    • Sulfures
    • Autres capteurs de radicaux libres
  • La concentration des contaminants présents dans les phases :
    • adsorbées
    • dissoutes
    • libres
  • Potentiel d'oxydoréduction
  • La salinité/conductivité
  • L’oxygène dissous
  • Température
  • Conductivité électrique

Analyses physiques

  • Les caractéristiques physiques du contaminant incluent :
    • la viscosité
    • la densité
    • la solibilité
    • la pression de la vapeur
    • etc.
    • coefficient de partition
  • La présence des liquides en phase non aqueuse (légers ou denses)
  • Distribution granulométrique des sédiments
  • Propriétés géotechniques des sédiments (densité apparente, plasticité, résistance au cisaillement et cohésion)
  • Stabilité des sédiments
  • Capacité tampon des sédiments

Essais recommandés dans le cadre d’une caractérisation détaillée

Essais chimiques

  • Essai de traitabilité (dosage) en laboratoire
  • Évaluation de la demande naturelle en oxydants chimiques des sédiments d’origine
  • Évaluation des besoins en amendements (catalyseurs, retardateurs, ajustement de pH, etc.)

Essais physiques

  • Évaluation du rayon d’influence
  • Évaluation des débits d’injection et d’extraction

Essais hydrogéologiques

  • Essai de perméabilité

Autre information recommandée pour une caractérisation détaillée

Phase II

  • Les conditions climatiques régionales (précipitations, température, etc.)
  • La bathymétrie
  • La caractérisation du milieu physique incluent :
    • Taille du plan d’eau
    • Infuence des marées
    • Régime des glaces
    • Espèces aquatiques
    • Présence de ponts
    • Proximité de structures terrestres et/ou maritimes
  • Caractérisation de l’utilisation actuelle et projetée de l’eau de surface et du plan d’eau en général (incluant le tirant d’eau nécessaire pour les bateaux)
  • La présence d’infrastructures de surface et souterraines 
  • La nature de la contamination et la délimitation de son étendue
  • Les lithologies et la stratigraphie du site
  • La caractérisation des processus biologiques qui se produisent, ou se sont produits sur le site, susceptibles d’avoir un effet sur les contaminants, ainsi que sur les récepteurs humains et environnementaux
  • La présence de récepteurs connus et potentiels
  • L’évaluation des conditions biologiques et des facteurs écologiques comme la vulnérabilité de l’habitat, la présence de zones protégées, la présence d’espèces en péril
  • La délimitation des contaminants pour déterminer le degré d’infiltration requis de l’oxydant et les endroits optimaux pour l’ajout d’oxydants

Phase III

  • La détermination des voies préférentielles de migration des contaminants
  • Une modélisation hydrogéologique
  • La connaissance détaillée de la géologie et de l'hydrogéologie incluant :
    • la conductivité hydraulique
    • les fluctuations saisonnières
    • le gradient hydraulique
    • La direction d’écoulement de l’eau souterraine et de l’eau de surface
    • Les courants, l’action des vagues et les profils des marées
    • La perméabilité des sédiments
    • Le bilan hydrique
    • L’épaisseur de la colonne d’eau
  • La modélisation géochimique et/ou hydrogéologique
  • L’évaluation des risques d’impacts sur les récepteurs sensibles identifiés
  • Les paramètres de réaction?:
    • La cinétique
    • La stœchiométrie
    • La thermodynamique de la réaction

Remarques :

  • Des essais en laboratoire réalisés sur les sédiments du site d’étude sont recommandés afin de déterminer les conditions optimales pour le traitement par oxydation chimique, à savoir la quantité et le dosage de l’oxydant et la nécessité d’un catalyseur (par exemple du fer ferreux [Fe2+]), un acide ou un agent de stabilisation;
  • Des essais en laboratoire sont également requis afin de déterminer si les objectifs d’assainissement sont réalisables;
  • Des essais pilotes in situ peuvent également servir à déterminer le mode d’injection, le rayon d’influence de l’injection, le taux d’injection, le nombre d’injections, le délai entre les injections, la persistance des oxydants, les besoins en amendements (catalyseur, retardateur, ajustement de pH, etc.), le potentiel de dégazage et le rendement global de la technologie.

Applications

Jusqu’à présent, aucune mise en œuvre à grande échelle pour les sédiments in situ n’a été complétée. L’oxydation chimique s’applique à une vaste gamme de contaminants, dont les contaminants organiques, et à tout contaminant susceptible de s’oxyder. Certains essais sur les sédiments ont donné de bons résultats pour le traitement du TCE et des BTEX . Des essais en laboratoire indiquent un succès similaire pour le traitement du DCE et du PCE , des HAP et des BPC . L’oxydation chimique s’applique à la contamination adsorbée sur la phase solide et/ou dissoute dans l’eau interstitielle ainsi qu’à l’assainissement de la contamination en phase libre, de la manière indiquée par les essais en laboratoire.

À la suite de l’injection de l’oxydant dans les sédiments, la persistance de l’oxydant dans la matrice de sédiments est importante puisqu’elle a une incidence directe sur sa capacité à atteindre les contaminants. Par exemple, le MnO4- est relativement persistant (> 3 mois), ce qui permet une meilleure diffusion à travers les sédiments. Au contraire, le H2O2 est très labile (se transforme en l’espace de minutes ou d’heures), et sa diffusion se limitera à une zone plus restreinte autour du site d’injection.  

La technologie s’applique aux endroits abritant des environnements sensibles, où l’enlèvement ou l’encapsulage seraient nuisibles, comme les terres humides et les zones comportant un benthos sensible. L’oxydation chimique restant tout de même une technologique pouvant être toxique pour certains organismes, des essais en laboratoire devraient avoir lieu préalablement, sur l’absorption et la réaction du benthos. D’autant plus lorsque les injections d’oxydants sont réalisées en surface ou près de la surface.

Applications aux sites en milieu nordique

  • La technologie est possible en milieu nordique, cependant, les sites éloignés nécessitent une mobilisation plus importante, ce qui entraîne des coûts de surveillance sur place plus élevés. De plus, la disponibilité des équipements est limitée et les fenêtres de travail sont relativement courtes.
  • Certains oxydants (comme le peroxyde d’hydrogène) requièrent des conditions de transport spécifiques comme pour les matières dangereuses, rendant ainsi la logistique et les coûts de transport vers les milieux nordiques plus complexes.
  • Le travail en environnement arctique peut nécessiter l’assistance d’un brise-glace ainsi que d’une surveillance et d’un signalement des conditions de glace, ce qui amplifie considérablement les coûts opérationnels et les exigences organisationnelles.
  • En raison des difficultés à obtenir des résultats d’analyse en temps opportun, il peut être nécessaire de procéder au dépistage sur le terrain, de planifier des interventions progressives et/ou de mettre en place une approche de gestion des risques.
  • La technologie peut nécessiter l’imposition de restrictions et/ou de limitations sur la consommation alimentaire d’organismes du plan d’eau. Par exemple, les communautés locales pourraient compter sur les espèces aquatiques pour leur alimentation et des restrictions pourraient présenter des impacts significatifs sur ces communautés.
  • Les zones côtières peu profondes des environnements du Nord sont aussi souvent touchées par l’affouillement glacial des icebergs et de la glace de mer, ce qui limite la faisabilité de l’oxydation.
  • Le climat froid a généralement un impact négatif sur les réactions chimiques. Le temps de réaction oxydant-contaminant pourrait être plus long.

Type de traitement

Type de traitement
Type de traitementS’applique ou Ne s’applique pas
In situ
S’applique
Ex situ
Ne s’applique pas
Biologique
Ne s’applique pas
Chimique
S’applique
Contamination dissoute
S’applique
Contamination résiduelle
S’applique
Contrôle
Ne s’applique pas
Phase libre
S’applique
Physique
Ne s’applique pas
Résorption
S’applique
Thermique
Ne s’applique pas

État de la technologie

État de la technologie
État de la technologieExiste ou N'existe pas
Démonstration
Existe
Commercialisation
N'existe pas

Contaminants ciblés

Contaminants ciblés
Contaminants ciblésS'applique, Ne s'applique pas ou Avec restrictions
Biphényles polychlorés
S'applique
Chlorobenzène
S'applique
Composés inorganiques non métalliques
Ne s'applique pas
Composés phénoliques
Avec restrictions
Explosifs
Avec restrictions
Hydrocarbures aliphatiques chlorés
S'applique
Hydrocarbures aromatiques monocycliques
S'applique
Hydrocarbures aromatiques polycycliques
S'applique
Hydrocarbures pétroliers
S'applique
Métaux
Ne s'applique pas
Pesticides
S'applique

Durée du traitement

Durée du traitement
Durée du traitementS’applique ou Ne s’applique pas
Moins de 1 an
S’applique
1 à 3 ans
S’applique
3 à 5 ans
Ne s’applique pas
Plus de 5 ans
Ne s’applique pas

Remarques :

Remarque :

L’oxydation chimique s’est avérée une technologie viable pour l’assainissement du sol et de la contamination de l’eau souterraine. L’assainissement des sédiments par l’oxydation chimique fait l’objet de très nombreuses études et est traité dans la documentation scientifique. Cependant, on dispose de peu d’examens techniques et d’études de cas.

Remarque :

Les calendriers proposés ci-dessus sont théoriques. Le calendrier de traitement est largement tributaire du nombre d’applications, du délai requis entre les applications et des chances que les contaminants connaissent un effet de rebond. De plus, toute limite imposée quant au moment de l’application (comme éviter les applications durant les périodes sensibles pour le biote aquatique) augmentera la durée globale du traitement requis pour l’assainissement.

Considérations à long terme (à la suite des travaux d'assainissement)

Une surveillance à long terme peut être nécessaire, notamment lorsque la distribution optimale de l’oxydant chimique est difficile. Les essais pilotes de l’oxydation chimique dans les sols ont indiqué un potentiel d’effet de « rebond » des contaminants. Un lien de causalité a été établi avec le mélange hétérogène de l’oxydant dans la matrice, qui laisse des zones/horizons de faible perméabilité (par exemple, du limon ou de l’argile) non traitées. Un comportement similaire à l’effet rebond observé dans le traitement des sols est anticipé dans le traitement des sédiments avec cette technologie. De plus, les réactions d’oxydation peuvent favoriser une désorption importante des contaminants des sédiments vers le milieu aqueux avec un risque de migration de ces contaminants transférés à la phase dissoute. Ces phénomènes accentuent également les risques de contaminer à nouveau les zones traitées.

Produits secondaires ou métabolites

Dans la plupart des cas, les produits de dégradation générés sont l’eau et le dioxyde de carbone et, dans le cas des composés chlorés, le chlore inorganique. L’oxydation avec l’ozone (O3) et le peroxyde d’hydrogène (H2O2) accroît également la teneur en oxygène de la matrice, ce qui est susceptible d’accélérer la biodégradation des contaminants résiduels. Certaines réactions d’oxydation sont exothermiques (par exemple, H2O2), de sorte qu’elles peuvent augmenter la désorption et la dissolution des contaminants adsorbés sur la phase solide. Il arrive que les réactions exothermiques aient un effet positif sur l’efficacité du traitement, mais elles peuvent également favoriser un transfert significatif des contaminants dans la colonne d’eau. Qui plus est, une oxydation incomplète des contaminants peut engendrer des intermédiaires toxiques. Par exemple, la dégradation partielle des HAP peut produire des phénols, des aldéhydes, des acides carboxyliques, des cétones et des quinones (Ukise et al. 2013), qui sont très toxiques pour certains animaux vivant dans la zone benthique, tels que les poissons et la sauvagine (Grung et al. 2016).

Limitations et effets indésirables de la technologie

  • L’oxydation chimique ne convient pas aux situations suivantes :
    • Stabilité des sédiments non suffisante pour l’application d’amendements;
    • Endroits où l’action des vagues et l’énergie de l’eau sont élevées, puisqu’il y a un risque de remise en suspension des amendements;
    • Lieux où les besoins en matière d’infrastructure (piliers, pieux, câbles enfouis, etc.), certains oxydants peuvent réagir avec des matériaux d’infrastructures. Par exemple, l’ozone et le peroxyde d’hydrogène peuvent réagir avec certains métaux de manière et former des oxydes de métaux ou des radicaux libres (tels que le radical hydroxyle et le radical hydroperoxyle), respectivement;
    • Endroits où l’on trouve des munitions explosives non explosées (UXO), comportant un risque de détonation accidentelle.

 

  • L’oxydation chimique présente des défis dans les circonstances suivantes :
    • Profondeur supérieure à 20 mètres pourrait nécessiter une application mécanique sous la surface ou des amendements alourdis;
    • Présence de composés organiques hydrophobes, ils ont une grande affinité pour les matières organiques et ont tendance à s’absorber à ces dernières, les rendant ainsi moins disponibles pour des réactions avec les agents oxydants;
    • Présence de matières organiques dans les sédiments, ils réduisent l’efficacité des agents oxydants puisqu’elles font concurrence aux contaminants pour la consommation des réactifs;
    • Atteinte d’une distribution optimale et un contact avec la totalité des matières contaminées lors que l’injection des oxydants plus réactifs (comme l’ozone et le réactif de Fenton) en raison de leur courte demi-vie chimique;
    • Limitation de l’efficacité de l’oxydation chimique due à la température, le pH, la présence de matières organiques ou d’autres consommateurs d’oxydants;
    • Composés organiques récalcitrants obligeant l’injection d’une grande quantité d’agents oxydants;
    • Coûts élevés lorsque de grandes quantités d’oxydants sont requises;
    • Applications successives et multiples requises.

 

  • L’oxydation chimique peut présenter les effets indésirables suivants :
    • Perte de la communauté benthique permanente ou temporaire;
    • Mobilisation de certains métaux (notamment en raison d’une diminution du pH);
    • Agents oxydants parfois nocifs et très réactifs, ils doivent être manipulés et entreposés avec grand soin et selon des procédures de santé et sécurité très strictes;
    • Changement de température favorisant les transformations gazeuses conduisant à un transfert de substance non désirée dans l’environnement.

Technologies complémentaires améliorant l’efficacité du traitement

Il a été démontré que des réactifs amélioraient l’efficacité du traitement par divers oxydants. Les réactifs comprennent les catalyseurs, qui accélèrent la réaction chimique, les acides, qui stimulent la réaction en abaissant le pH, et les stabilisateurs, qui empêchent une réaction précoce avec le contenu organique. Par exemple, Feo et al. (2014) ont jumelé le peroxyde d’hydrogène avec un catalyseur à rayons UV pour un assainissement amélioré des sédiments contaminés par le décabromodiphényléther (déca-BDE) et Yang et al. (2015) ont démontré une meilleure dégradation des esters phtaliques dans les sédiments des rivières avec les oxydants Fe3O4 et S2O82- combinés, en parallèle avec des processus d’assainissement électrocinétique, afin de faciliter l’occurrence de la réaction. La stabilité des amendements employés peut être accrue par des modifications de leurs caractéristiques physiques, comme l’ajout de liants ou d’agents alourdis, dans le but de réduire les occurrences de remise en suspension et de perte d’amendements en raison de la migration de l’eau en dehors du site. Par ailleurs, il est possible de combiner l’oxydation chimique à d’autres méthodes telles que le recouvrement in situ, la biodégradation, la séquestration ou la restauration naturelle, dans le but d’améliorer l’efficacité du traitement.

Traitements secondaires requis

Aucun traitement secondaire n’est requis si les concentrations cibles du contaminant sont atteintes. Cependant, après le traitement, il est possible de voir les concentrations de contaminants augmenter de nouveau (phénomène appelé « effet de rebond »). Dans ces circonstances, des phases additionnelles d’injection d’oxydants sont parfois nécessaires. Le rebond se produit lorsque les oxydants n’atteignent pas toute la contamination, ou lorsque les oxydants sont épuisés avant que toute la contamination n’ait été traitée.

Exemples d'application

Les liens suivants présentent des exemples d’applications :

Performance

Le rendement rapporté dans la littérature pendant les essais en laboratoire des sédiments contaminés ou des sédiments naturels enrichis reconstitués dans le laboratoire a indiqué une réduction de plus de 90 % des concentrations en HAP et en BPC . L’essai pilote effectué sur le terrain (Thomas et al. 2008) n’a indiqué aucune dégradation importante des contaminants organiques (hydrocarbures pétroliers), même si des concentrations de 20 g de peroxyde par kg de sédiments ont été utilisées. De surcroît, la mobilisation des métaux contenus dans les sédiments a été observée dans l’eau interstitielle. Le rendement de cette technique à grande échelle est donc incertain à ce stade-ci.

L’efficacité des oxydants à dégrader les contaminants dépend de plusieurs facteurs : le pH des sédiments, la teneur en matières organiques, la présence de carbonates et de sulfures, la taille des particules, la température, la conductivité des sédiments ainsi que le dosage des réactifs. La technologie est encore en phase de démonstration, sa performance à grande échelle est à démontrer. Des essais en laboratoire sont également requis afin de déterminer si les objectifs d’assainissement sont réalisables avec cette technologie.

Mesures pour améliorer la durabilité de la technologie et/ou favoriser l’assainissement écologique

  • Utilisation d’énergie renouvelable et d’équipement à faible consommation d’énergie pour la mise en œuvre de la technologie;
  • Diminution de la consommation de carburant (et utilisation de l’énergie renouvelable, lorsque disponible) pour les véhicules et la machinerie lourde;
  • Optimisation du calendrier afin de favoriser le partage des ressources et réduire le nombre de jours de mobilisation;
  • Capture et déplacement des espèces en péril et des habitats sensibles susceptibles d’être affectés par les travaux de réhabilitation;
  • Réalisation des travaux durant les périodes de faible risque pour le poisson et son habitat;
  • Détermination des ressources associées à la réglementation (par exemple, permis de pêche) pour le site, des vulnérabilités et des mesures d’évitement ou d’atténuation appropriées;
  • Mise à l’essai et d’une conception méticuleuse des types d’oxydants;
  • Évaluation de la provenance de l’oxydant (par exemple : chaînes d’approvisionnement dans le cadre du processus de fabrication);
  • Mise en œuvre de mesures d’atténuation afin de compenser l’incidence de l’oxydant sur la communauté benthique;
  • Optimisation de la quantité d’oxydants et des points d’injections nécessaires pour atteindre les objectifs d’assainissement;
  • Utilisation de l’eau souterraine pour la préparation des solutions chimiques sur le site;
  • Utilisation de la télémétrie pour la surveillance à distance, si applicable, afin de limiter le nombre de visites sur le terrain.

Impacts potentiels de l'application de la technologie sur la santé humaine

Impacts potentiels sur la santé humaine

Le tableau ci-contre présente les voies d’exposition mineures et majeures potentielles pour la santé humaine.

Déclencheurs des voies d’exposition (étapes de l’assainissement)

Milieu de résidence ou de transport

Voies d’exposition du public (sur place et hors site)

Surveillance

Mesures d’atténuation selon le milieu de résidence ou de transport

Préparation du site

Injection/applications des amendements

Poussières

Inhalation de poussières

Suivi des poussières

Poussières

  • Limiter la vitesse des équipements.
  • Limiter les mouvements de l’équipement pendant les périodes sèches et venteuses.
  • Atténuer les effets aussi près de la source que possible.
  • Surveillance à la source, à la limite de l’installation et/ou au niveau du récepteur.
  • Éducation du personnel concernant la sécurité et fournir au personnel les équipements de protection individuelle et le matériel de secours approprié (par exemple, des douches oculaires).
  • Sélection d’amendements non toxiques, dans la mesure du possible.
  • Suivi des mesures en place pour l’entreposage et la manutention en toute sécurité afin de réduire au minimum l’exposition, tel que l’énoncent les fiches techniques sur la sécurité du matériel.

Vapeurs

  • Effectuer des essais pilotes d’injection.
  • Limiter la force du réactif.
  • Structures temporaires de contrôle d’émissions.
  • Récupérer les vapeurs à la source et réaliser le traitement.
  • Port d’équipement de protection individuel (masque de protection contre les vapeurs).

 

Eau de surface

  • Installation de clôtures, limiter l’utilisation du site et la signalisation.
  • Surveillance de la charge sédimentaire aux sources d’eau de surface.
  • Collecter et traiter l’eau contaminée.
  • Mise en place d’un plan de gestion des eaux pluviales.

Eau souterraine

  • Contrôles institutionnels.
  • Pratiques de pompage, injection et infiltration adaptées.
  • Surveillance de la qualité de l’eau à l’extérieur de la zone de réhabilitation.

Animaux et plantes

  • Laver les aliments avant la consommation.
  • Ne pas irriguer ou utiliser l’eau traitée pour l’irrigation.
  • Implication des parties prenantes.
  • Installation de clôtures, limiter l’utilisation du site et la signalisation.
  • Contrôles institutionnels.

Sédiments

  • Surveillance de la charge sédimentaire aux sources d’eau de surface.
  • Porter les équipements de protections individuels adéquats.
  • Réaliser des essais pilotes.
  • Adapter la pratique aux résultats du suivi.

Vapeurs

Inhalation de vapeurs

Suivi de la qualité de l’air ambiant

Processus chimiques et géochimiques

Vapeurs

Inhalation de vapeurs

Suivi de la qualité de l’air ambiant

Eau de surface

(ruissellement des oxydants)

Ingestion d’eau potable

Consommation d’aliments traditionnels

Suivi de la qualité des eaux de surface

Eau souterraine

(migration/lixiviation des oxydants)

Ingestion d’eau potable

Consommation d’aliments traditionnels

Suivi de la qualité des eaux souterraines

Animaux et plantes (incluant les poissons, les mollusques et crustacés et la faune sauvage)

Consommation d’aliments traditionnels

Suivi de la qualité des sédiments

Suivi de la qualité des eaux de surface

Suivi de la qualité des eaux souterraines

Suivi des tissus d’animaux et de plantes

Sédiments

Ingestion d’eau potable

Consommation d’aliments traditionnels

Suivi de la qualité des sédiments

Suivi de la qualité des eaux de surface

Suivi de la qualité des eaux souterraines

Suivi des tissus d’animaux et de plantes

Surveillance

Eau de surface

(ruissellement des oxydants)

Ingestion d’eau potable

Consommation d’aliments traditionnels

Suivi de la qualité des eaux de surface

Sédiments

Ingestion d’eau potable

Consommation d’aliments traditionnels

Suivi de la qualité des sédiments

Suivi de la qualité des eaux de surface

Suivi de la qualité des eaux souterraines

Suivi des tissus d’animaux et de plantes

 

Impacts potentiels sur le milieu aquatique

À très faibles doses, la plupart des oxydants chimiques ont peu d’incidence sur la vie aquatique et benthique. Toutefois, à de plus fortes doses, les agents oxydants risquent de nuire aux communautés aquatiques et benthiques, ce qui pourrait accroître les taux de mortalité. Les organismes benthiques de plus petite taille ont une moindre capacité à supporter l’ajout d’oxydants et sont plus sujets à la mortalité précoce, comparativement aux organismes de plus grande taille et aux poissons. Les doses devraient donc être dictées par les volumes de contaminants et la capacité des organismes benthiques indigènes à supporter l’application d’oxydants. Lorsque la dose d’oxydant requise est supérieure à la quantité tolérable par la communauté benthique indigène, les oxydants peuvent être appliqués en couches minces consécutives, ce qui laisse du temps pour le rétablissement des milieux benthiques entre chaque application.

Références

Auteurs et mises à jour

Fiche rédigée par : Bruno Vallée M.Sc, LVM inc.

Mise à jour par : Ashley Hosier, P.Eng. Royal Military College of Canada

Date de mise à jour : 8 décembre 2016

Dernière mise à jour par : Juliette Primard, Frédéric Gagnon and Sylvain Hains. WSP Canada Inc.

Date de dernière mise à jour :31 mars 2024

Version :
1.2.7.1