De : Services publics et Approvisionnement Canada
La biodégradation est un processus par lequel des contaminants organiques présents dans des matrices solides ou liquides sont transformés par des microorganismes pour produire du matériel cellulaire, de l’énergie, des composés organiques (généralement moins toxiques que les composés parents), du gaz carbonique (CO2) et de l’eau. Dans des conditions favorables, les microorganismes sont capables de dégrader un vaste éventail de composés organiques.
Généralement, deux méthodes sont utilisées pour promouvoir le traitement biologique des sédiments impactés : la biostimulation et la bioaugmentation.
À noter qu’il est aussi possible d’ajouter des amendements pour, au contraire, inhiber les processus biologiques qui entraîneraient normalement la transformation de contaminants en des formes plus toxiques. On parle dans ce cas d’inhibition.
Liens Internet :
La mise en œuvre de la biodégradation peut inclure :
La mise en œuvre de la biodégradation par la méthode de biostimulation peut inclure :
La mise en œuvre de la biodégradation par la méthode de bioaugmentation peut inclure :
Les activités du site peuvent exiger que l’on mette en place des mécanismes de contrôle institutionnels ou des restrictions de l’utilisation du site durant la phase d’assainissement afin de prévenir l’exposition à des
La biodégradation est l’une des technologies in situ les plus durables et engendre moins d’impacts environnementaux que des options d’assainissement plus invasives, comme le dragage ou l’excavation.
Les techniques de biodégradation sont fortement tributaires du site, et le choix de cette technique exige que l’on prenne en considération le type de contaminant, les caractéristiques des sédiments (granulométrie, perméabilité. etc.), les conditions environnementales naturelles (condition anaérobie ou aérobie, pH, salinité, etc.), l’accès au site et son emplacement.
La technologie présente un potentiel de succès plus grand pour les sédiments contaminés stables, ayant un faible taux d’érosion, une résistance au cisaillement élevée et une bonne stabilité de pentes afin de bien soutenir l’application des amendements. La biodégradation s’applique facilement pour des sites dont la surface des sédiments se trouve à 15 mètres ou moins sous l’eau, avec une contamination en surface et relativement uniforme. Si les contaminants se trouvent sous la surface des sédiments, la profondeur de la contamination doit être suffisamment faible pour permettre le mélange mécanique des amendements à partir de la surface ou à l’intérieur de la zone de bioturbation (mélange des sédiments par les organismes benthiques à l’interface entre les sédiments et l’eau). Les emplacements qui affichent une communauté benthique et microbienne saine supporteront mieux le recours à la biodégradation. Les organismes benthiques doivent comprendre ceux qui sont capables d’assurer la bioturbation et qui se mélangent naturellement aux amendements des sédiments.
La biodégradation peut se produire dans des conditions aérobies ou anaérobies. Les conditions aérobies sont favorables aux processus de biodégradation des hydrocarbures pétroliers, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) (notamment les HAP affichant un faible poids moléculaire), des BPC et certains hydrocarbures aliphatiques chlorés (HAC) (chloroéthène entre autres). Si le taux d’oxygène ne se renouvelle pas suffisamment, comme c’est souvent le cas dans les sédiments, la diminution rapide des concentrations d’oxygène dissous due à la respiration microbienne crée des conditions anaérobies. Dans de tels cas, des microorganismes anaérobies peuvent utiliser des accepteurs d’électrons autres que l’oxygène, comme les nitrates, les sulfates, le manganèse (Mn) (IV), le fer (Fe) (III) ou le CO2 pour supporter les réactions de minéralisation des contaminants. Les composés chlorés complexes (comme le perchloroéthylène ou le trichloroéthylène) sont plus faciles à biodégrader dans des conditions anaérobies. Les hydrocarbures pétroliers, les HAP légers et les BPC , de même que les HAC , peuvent être dégradés dans des conditions anaérobies lorsque des accepteurs d’électrons autres que l’oxygène sont disponibles pour les microorganismes.
Il est aussi possible d’utiliser la biodégradation comme un traitement secondaire pour dégrader les contaminants résiduels demeurant dans les sédiments suivant l’utilisation d’une autre méthode d’assainissement.
Remarques :
Les techniques de biodégradation sont encore à la phase d’expérimentation pour certains contaminants ou environnements spécifiques. Celles-ci font l’objet d’études et sont traitées dans la documentation scientifique.
La durée du traitement peut varier d’une à plusieurs années, selon le type de contaminant, sa concentration/masse, la biodisponibilité des contaminants, les conditions du site, les amendements et la technique de distribution utilisée. Après le traitement initial, une surveillance régulière est nécessaire pour démontrer que les niveaux de contaminants tendent vers l’atteinte des objectifs de l’assainissement au fil du temps. Des applications d’amendements supplémentaires peuvent se révéler nécessaires.
Généralement, les traitements afférents à la biodégradation sont permanents s’ils entraînent une destruction complète des contaminants. Si la biodégradation atteint les objectifs d’assainissement, il y aura peu ou pas de considérations à long terme.
Cependant, l’atteinte des objectifs d’assainissement peut s’étendre sur une longue période, c’est pourquoi il est important de mettre en place un plan de surveillance à long terme. Ce plan devrait inclure une surveillance des paramètres permettant de quantifier l’activité microbienne et la disponibilité de facteurs environnementaux (par exemple l’oxygène, les éléments nutritifs) requis pour une croissance microbienne optimale. En conséquence, il pourrait être nécessaire d’effectuer des applications répétées d’amendements pour maintenir l’activité microbienne requise afin d’atteindre les objectifs de l’assainissement. Un suivi de la qualité des eaux de surface pourrait être nécessaire pour s’assurer de l’absence de transfert des contaminants (et/ou leurs intermédiaires de dégradation) en aval de la zone de traitement. De plus, une évaluation de l’intégrité de la zone de traitement et du maintien de ses propriétés géotechniques dans le temps peut être requise. Le plan de surveillance peut inclure le suivi des émissions gazeuses, si nécessaire, selon le type d’amendement utilisé et la nature de la contamination. La surveillance doit se faire selon un calendrier régulier et préétabli, en tenant compte que des suivis supplémentaires doivent être effectués à la suite de phénomènes météorologiques d’importance, comme des inondations.
Dans la plupart des cas, les sous-produits de la biodégradation sont l’eau, le dioxyde de carbone et, dans le cas des composés chlorés, le chlore inorganique. Cependant, dans les cas où il n’y a pas d’activités cataboliques bactériennes, une dégradation incomplète de la molécule cible est possible. Par exemple, la biodégradation incomplète de certains BPC (les dihydrodiols et les dihydroxybiphényles) peut mener à la production de composés issus de la dégradation qui présentent une toxicité significativement supérieure pour les bactéries. Le perchloroéthylène (PCE) et le trichloroéthylène (TCE) peuvent conduire à la production de dichloroéthane (DCE) qui peut se dégrader en chlorure de vinyle lequel composé est plus toxique que les composés parents. Son accumulation dans le milieu peut conduire à une toxicité plus importante pour les récepteurs écologiques et humains considérés.
L’ajout d’amendements et l’activité biologique accrue peuvent mener à des changements dans les conditions géochimiques à l’intérieur des sédiments, par exemple, un changement de pH. Ces changements peuvent se traduire par une biodisponibilité accrue et par la mobilisation de certains métaux et d’autres contaminants.
Les agents tensioactifs (surfactant) peuvent accroître la solubilité des contaminants, leur permettant d’être davantage disponibles pour l’absorption microbienne. Dans ce cas, il faut être prudent dans l’utilisation des agents tensioactifs pour veiller à ce qu’ils n’inhibent pas la biodégradation, ce qui peut se produire si l’agent en question est toxique pour les bactéries indigènes ou s’il y a une compétition pour l’utilisation du substrat (Liu et al., 2001).
La biodégradation peut être utilisée en combinaison avec d’autres techniques in situ, pour réduire davantage la disponibilité des contaminants :
Une étude a montré que l’association entre des techniques de biodégradation et un processus électrocinétique permettait une meilleure biodisponibilité et, ainsi, l’enlèvement des esters phtaliques dans les sédiments d’une rivière (Yang et al., 2015).
Aucun traitement secondaire n’est requis si les concentrations cibles du contaminant sont atteintes. Cependant, un captage et un traitement des composés volatils ou biogaz produits lors de la biodégradation pourraient être requis.
Les liens suivants présentent des exemples d’application :
Le rendement des systèmes de biodégradation dans les sédiments, tel que consigné dans la documentation durant les essais pilotes ou les projets d’assainissement, peut atteindre jusqu’à 90 % de réduction des concentrations de sulfures, et une réduction de 50 à 80 % des concentrations d’ HAP , d’hydrocarbures pétroliers et de benzène, toluène, éthylbenzène et xylènes (BTEX). La déchloration des BPC ou des hydrocarbures halogénés en laboratoire a démontré qu’il est possible d’éliminer la majorité des contaminants. Il est important de noter qu’une performance à un tel niveau de biodégradation in situ n’est pas attendue en raison de l’hétérogénéité intrinsèque des sédiments et de la difficulté qu’il y a à contrôler tous les paramètres, contrairement à ce qui est possible en laboratoire. L’efficacité de la biodégradation in situ est limitée par certains des éléments colligés dans la section sur les limitations de la technologie. Cependant, les résultats obtenus en laboratoire démontrent le potentiel de la technologie, qui peut être exploitée à l’avenir grâce à une meilleure compréhension et à un meilleur contrôle des processus.
Le tableau ci-contre présente les voies d’exposition mineures et majeures potentielles pour la santé humaine.
Déclencheurs des voies d’exposition (étapes de l’assainissement)
Milieu de résidence ou de transport
Voies d’exposition du public (sur place et hors site)
Surveillance
Mesures d’atténuation selon le milieu de résidence ou de transport
Préparation du site
Poussières
Inhalation de poussières
Suivi des poussières
Vapeurs
Eau de surface
Eau souterraine
Animaux et plantes
Livraison des amendements
Processus biologiques et chimiques
Inhalation de vapeurs
Suivi de la qualité de l’air ambiant
(Amendements et produits des réactions – ruissellement)
Ingestion d’eau potable
Consommation d’aliments traditionnels
Suivi de la qualité des eaux de surface
(migration/lixiviation des sédiments et produits des réactions)
Suivi de la qualité des eaux souterraines
Animaux et plantes (incluant les poissons, les mollusques et crustacés et la faune sauvage)
Suivi des tissus d’animaux et de plantes
(émanations de gaz des réactions)
Les traitements afférents à la biodégradation peuvent aboutir à un changement des conditions géochimiques, qui peut toucher à la fois les contaminants ciblés et les contaminants non ciblés. Lorsque l’on place des amendements, la couche supérieure des sédiments devient recouverte. Cette couverture peut modifier l’accès aux habitats benthiques et l’apport de nourriture, ainsi qu’entraîner la mort de certains organismes. Certains amendements peuvent devenir en suspension dans la colonne d’eau, modifiant les propriétés chimiques de l’eau et devenant susceptible d’être absorbée par des microorganismes et les espèces aquatiques.
Fiche rédigée par : Bruno Vallée M.Sc, LVM inc.
Mise à jour par : Sharilyn Hoobin, M.Sc & Ashley Hosier, P.Eng., Royal Military College of Canada.
Date de mise à jour : 24 novembre 2016
Dernière mise à jour par : Juliette Primard, Frédéric Gagnon and Sylvain Hains. WSP Canada Inc.
Date de dernière mise à jour :31 mars 2024